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Dimanche 3 avril 2011 7 03 /04 /Avr /2011 16:12

 

J’ignore si les définitions peuvent nous aider ou, au contraire, nous induire en erreur tant la notion de laïcité a évolué dans le passé, Le changement se poursuit encore et donne lieu à des interprétations différentes, sans doute parce qu’il y a des laïcités au pluriel et des seuils de laïcisation.

 

La définition de laïc par le Littré : «  ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier » correspond à l’orthographe employée.

 

Quand ils ‘agit des chrétiens, le laïc est celui qui n’a pas reçu les ordres de la cléricature ; le nom correspondant étant laïcat.

 

Le laïque s’écrit de ce qui respecterait strictement la neutralité vis-à-vis des diverses religions, en particulier de l’enseignement confessionnel ; le nom correspondant étant laïcité.

 

En 1936, le juriste Henri Capitant avait donné la définition suivante : « La laïcité est une conception politique impliquant la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’Etat n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique ».

 

Cette définition pose problème. C’est L’Etat qu’on oppose à la société civile,  dont fait naturellement partie la « société » religieuse qui y a une place naturelle. Quant à la société religieuse, c’est l’illusion d’un tout homogène alors qu’il s’agit d’Églises au pluriel et ou de religions différentes. La laïcité implique donc la séparation de l’État et des religions.

L’agnosticisme institutionnel de l’Etat est la seule garantie d’une liberté religieuse.

Aujourd’hui on laisse penser que la laïcité exprimerait la neutralité tandis que le laïcisme brandirait le drapeau de l’anticléricalisme.

 

Plus adroitement, le Cardinal Paul Poupard explique que «  la laïcité est au départ la volonté se considérant comme opprimée et voulant exterminer l’idéologie opprimante ».

 

L’étymologie apporte quelques éclaircissements. Le terme laïc vient du grec laos qui signifie peuple (laos, demos, ethnos). Celui qui n’a pas reçu les ordres de la cléricature appartient au bas peuple et devient le serviteur du clerc, le lai. (les clercs et les lais, le frère lai – frère servant)

 

Il existe bien une idée d’émancipation et de délivrance du pouvoir temporel exercé par l’Église, souvent avec terreur. (Le chevalier de La Barre sera condamné, à subir la torture ordinaire et extraordinaire pour dénoncer ses complices, à avoir le poing et la langue coupés, à être décapité et brûlé avec l’exemplaire du Dictionnaire philosophique cloué sur le torse. Cette sentence pour blasphème sera exécutée le 1er juillet 1766 à Abbeville par cinq bourreaux spécialement envoyés de Paris (dont le bourreau Sanson qui lui tranchera la tête).

La laïcité craint les velléités de retour de la mainmise religieuse. La menace ne viendrait plus directement du Vatican mais de l’Islam qui n’est pas une foi, mais une Loi, en terme hobbesien, un droit positif révélé.

 

Mais la laïcité est aussi un cheval de Troie.

 

Le danger de l’intégrisme islamiste réveille des passions qui s’étaient assoupies. On va remettre en cause les lois Debré, Falloux, et autres aménagements juridiques. Ainsi dans un discours de la Libre Pensée, en date du 4 juillet 2010, il est dit que : La laïcité, c’est que l’école publique ait tout, et que l’école privée n’ait rien.

 

Il est aussi question de remettre en cause l’héritage historique de certaines singularités territoriales, notamment celui de l’Alsace-Moselle. Ni la loi de 1901 ni celle de 1905 ne s’appliquent aujourd’hui en Alsace-Moselle où existe une coexistence entre les quatre cultes reconnus, Église catholique, Église de la confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (luthérienne), Église réformée d’Alsace et de Lorraine (calviniste), culte  israélite, et les autres cultes, dont l’Islam, non reconnus

.

Fédéraliste, je peux trouver étrange que la nomination de l’évêque de Metz et de l’archevêque de Strasbourg appartienne au Président de la République. Et je trouve plus étrange encore, pour ne pas dire inacceptable, que des républicains intégristes parisiens se mêlent du régime des cultes qui concerne les populations d’Alsace-Moselle.

 

Ces populations font preuve d’un attachement particulier à ce droit local aujourd’hui remis en cause par son inconstitutionnalité. Il serait contraire au principe d’égalité et à celui d’indivisibilité de la République.

 

A la demande de Mélenchon et sous le silence indifférent d’un Bayrou qui n’a pas l’âme d’un martyr, on interdira aussi la Grande Troménie, les pardons et  la Fête Dieu.

 

Il faut donc changer de Constitution et de République.

 

Laissons les populations concernées se déterminer librement sur les modalités des exercices et des financements.

 

Derrière la laïcité surgit la menace d’un assimilationnisme radical qui s’oppose frontalement au principe de neutralité qui est le droit à la différence. Le principe de neutralité n’est pas au cœur de la laïcité ; il est, par elle, trahi.

 

Le principe de neutralité est associé à la liberté quand le principe de laïcité s’inscrit dans une perspective d’émancipation. Mais cette émancipation réductrice, se libérer du joug du religieux ou des oripeaux d’une idéalité, ne dit rien du discours de l’autre maître, la puissance publique ou l’État, qui n’asservit pas moins. A la théologie succéderait une téléologie profane.

La laïcité est bien en porte à faux sur certains points constitutifs de l'anthropologie multiculturaliste. Elle est assimilationniste, spécificité de l'idéologie jacobine.

 

Car ce qui dérange, en réalité, est bien le sujet politique par sa subjectivation qui s’effectuerait pleinement dans une société multiculturelle : Bretons, Occitans, Basques…

 

Le pari fou, totalitaire et totalisant, d’une raison républicaine orgueilleuse, univoque, universelle et triomphante, n’est pas tenable.

 

Dans La Critique et la Conviction, Paul Ricoeur écrivait : « Une société plurielle repose non seulement sur le « consensus par recoupement » qui est nécessaire à la cohésion sociale, mais sur l’acceptation du fait qu’il y a des différends non solubles. IL y a un art de traiter ceux-ci, par la reconnaissance du caractère raisonnable des partis en présence, de la dignité et du respect des points de vue opposés, de la plausabilité des arguments invoqués de part et d’autre. Dans cette perspective, le maximum que j’ai à demander à autrui, ce n’est pas d’adhérer à ce que je crois vrai, mais de donner ses meilleurs arguments ».

 

En se plaçant sous la primauté d’une anthropologie des droits de l’homme qui définissent le « non négociable » la société multiculturelle offre un espace public où il devient possible de vivre en composant avec la pluralité des opinions.

 

Le drame est que l’anachronisme islamiste nous apporte un sursaut de jacobinisme mortifère alors que la puissance publique a un devoir de réserve et d’autolimitation à l’endroit de la société civile qui est le lieu où se jouent les intérêts et les opinions privés, en se structurant et en se différenciant.

 

 

BreizhFed

Par BreizhFed
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Vendredi 24 décembre 2010 5 24 /12 /Déc /2010 08:01

 Le conseil des ministres du mercredi 22 décembre a adopté un projet de loi visant à permettre l’organisation d’un référendum à la demande des parlementaires.

 

Il ne s’agit pas d’un référendum d’initiative populaire, mais d’un référendum d’initiative oligarchique.

 

Qu’est-ce qui nous sépare de la Suisse, de l’Allemagne  ou des Etats-Unis  si ce n’est cette haine tenace de la démocratie ?

 

Alors que l’ordre du monde devient difficilement appréhendable, et que le sentiment que demain sera pire qu’aujourd’hui, la politique, minée par les arrangements et laissant prospérer ses féodalités, nous sort une caricature de référendum, un droit à une pétition qui ne coûte pas cher, une tarte à la crème pour des fins de banquets radicaux socialistes.

 

Qu’est-ce qui nous sépare de la Suisse, de l’Allemagne  ou des Etats-Unis  si ce n’est cette haine tenace de la démocratie ?

 

L’initiative populaire est un outil de la démocratie. La pratique de la démocratie directe fut inaugurée dans le canton de Saint-Gall en Suisse en 1831, puis étendue à l’échelle de la  fédération en 1875. Aux Etats-Unis, le premier Etat fédéré à l’adopter fut le Dakota du Sud, en 1898. En Californie la démocratie directe fut adoptée en 1907 au niveau municipal et en 1911 au niveau de l’Etat.

 

Alors que dans l’ensemble des démocraties existantes, on favorise l’empowerment, processus d’autonomisation de l’individu,  on assiste en France à une absence de prise sur les décisions, un disempowerment , une privation de la participation à l’exercice du pouvoir.

 

La chose est grave.

 

Les conditions nécessaires pour organiser ce référendum le rendent impossible. Il faut d’abord  réunir le cinquième des parlementaires, 184, puis, après validation du Conseil constitutionnel, recueillir  la signature du dixième des inscrits, soit environ 4,5 millions d’électeurs, avant de repasser devant le Conseil constitutionnel.

 

L’article 3 de la Constitution précise que  la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum.

 

Le peuple se trouve exclu de la nation par ses propres parlementaires. Il vit en exil car si le peuple est souverain, il doit exercer lui-même tout le plus qu’il peut de sa souveraineté.

 

« Il n’y a de loi que lorsque tout le peuple statue sur tout le peuple » ; « à l’instant qu’un peuple se donne des représentants, il n’est plus libre, il n’est plus » (J-J Rousseau - Contrat social).

 

La représentation n’a jamais été un système imaginé pour pallier l’accroissement démographique. Elle est une forme oligarchique.

 

En juillet 1789 dans ses « Idées de Constitution », Sieyes écrivait : «  Dans la démocratie, les citoyens font eux-mêmes les lois, et nomment leurs officiers publics. Dans notre plan, les citoyens font, plus ou moins immédiatement, le choix de leurs députés à l’Assemblée législative : la législation cesse donc d’être démocratique, et devient représentative ».

 

Ce refus de la démocratie est accentué de façon assez caricaturale par les députés puisque chaque député, bien qu'élu dans un cadre géographique déterminé, est le représentant de la Nation tout entière. Ainsi, à l'Assemblée nationale et dans sa circonscription, chaque député agirait et parlerait au nom de l'intérêt général et non pas au nom d'un parti politique, d'un groupe d'intérêt ou d'une région. L’article 27 de la Constitution précise que « Tout mandat impératif est nul. »

 

L’intérêt général prévalant sur les intérêts particuliers, locaux ou régionaux, le champ d’application du référendum d’initiative parlementaire se trouve fortement réduit.

 

Une fois encore, parallèlement aux efforts déployés pour paraître un peu plus « démocratique » le pouvoir cherche à endiguer et à contenir la démocratie.

 

Le fédéralisme  est le mode fonctionnel inhérent à la démocratie.

 

En dehors du pacte fédéral, on obtient  absolutisme, césarisme , mitterrandisme ou sarkozysme : une théâtralité de la souveraineté d’un Etat prédateur qui ne fonctionne que pour les intérêts des politiciens et des hauts fonctionnaires.

 

Que ce référendum repose en paix !

 

 Breizhfed

Par BreizhFed
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Vendredi 26 novembre 2010 5 26 /11 /Nov /2010 07:00

 

Le discours de politique générale du Premier ministre François Fillon, venu à l'Assemblée le 24 novembre solliciter et obtenir un vote de confiance, a affirmé un certain nombre de principes,  ceux de la rigueur, de la vérité, du redressement de la France.

 

Tout ceci n’est que de la cuisine politicienne, à peine estimable.

 

Pour redresser la France, il faut sortir du chômage, seule façon de rétablir sainement l’équilibre budgétaire.

 

Pour sortir du chômage, il n’existe qu’une solution : créer des emplois.

 

Mais comment imagine-t-on de créer des emplois, de réindustrialiser le pays, de relancer la croissance, d'améliorer leur compétitivité, sans s'interroger sur les problèmes des entreprises réelles ?

Où est la décrue des charges sociales et fiscales ?

Qu’en est-il de tous ces monopoles qui quadrillent l’économie nationale ?

 

Le pays est verrouillé par une administration totalitaire et par quelques grosses entreprises para-publiques  éloignées du secteur privé réel. Nos grandes fortunes doivent leur succès au soutien, interlope ou légal, de l’Etat. Elles utilisent les pouvoirs nationaux et locaux à leur profit.

 

Une organisation fédérale favorise le développement des forces locales endogènes : elle est un atout pour l'économie.

 

 

Par BreizhFed
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Mercredi 15 septembre 2010 3 15 /09 /Sep /2010 10:31

"Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu de jolis mots à la Prud'homme. Cette haine là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre.
C'est la haine que l'on porte au Bédouin, à l'Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère."

Flaubert, lettre à Georges Sand du 12 Juin 1867

 

Par BreizhFed
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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 11:32

Mercredi soir, Gilles Dufreigneux ,  collaborateur du premier ministre, a été contrôlé en état d'ébriété dans le Ve arrondissement de Paris, où il réside, selon des sources policières. Lors de ce contrôle, l’individu s'est montré "insultant" et "très énervé", selon ces mêmes sources et a été raccompagné à son domicile par un fonctionnaire de police.

 

Gilles Dufeigneux n’est pas seulement chef de cabinet adjoint du premier ministre Fillon ; il  est aussi conseiller municipal UMP de Vannes et conseiller régional de Bretagne.

 

On taira l’arrogance et les insultes dont sont familiers les nouveaux nobles de l’aristocratie bureaucratique française pour dénoncer, une fois encore,  la mise sous tutelle de la démocratie par la fonction publique. Dans une véritable démocratie, une règle établit des incompatibilités, notamment entre la fonction publique et le mandat électoral. En France, le principe de la séparation des pouvoirs ne peut pas ne concerner que la relation entre le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire.

 

D’abord parce qu’il n’existe pas de pouvoir judiciaire mais une autorité judiciaire dont l’indépendance par rapport au pouvoir exécutif est problématique.

 

Aussi parce qu’il existe un réel pouvoir administratif, incarnation du Léviathan, qui prétend faire la pluie ou le beau temps, en habillant ses impostures sous l’appellation Etat de droit. Ce fétichisme de l’Etat de droit permet de faire prévaloir l’idée de démocratie sur la démocratie elle-même, une démocratie sans le peuple….

 

On dénoncera aussi la confusion des pouvoirs qui produit des conflits d’intérêts et qui ne concerne pas que le cumul des mandats électifs.

 

Le mélange des niveaux national et local est aussi producteur de conflit d’intérêts

 

BreizhFed

 

Par BreizhFed
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