J’ignore si les définitions peuvent nous aider ou, au contraire, nous induire en erreur tant la notion de laïcité a évolué dans le passé, Le changement se poursuit encore et donne lieu à des interprétations différentes, sans doute parce qu’il y a des laïcités au pluriel et des seuils de laïcisation.
La définition de laïc par le Littré : « ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier » correspond à l’orthographe employée.
Quand ils ‘agit des chrétiens, le laïc est celui qui n’a pas reçu les ordres de la cléricature ; le nom correspondant étant laïcat.
Le laïque s’écrit de ce qui respecterait strictement la neutralité vis-à-vis des diverses religions, en particulier de l’enseignement confessionnel ; le nom correspondant étant laïcité.
En 1936, le juriste Henri Capitant avait donné la définition suivante : « La laïcité est une conception politique impliquant la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’Etat n’exerçant aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique ».
Cette définition pose problème. C’est L’Etat qu’on oppose à la société civile, dont fait naturellement partie la « société » religieuse qui y a une place naturelle. Quant à la société religieuse, c’est l’illusion d’un tout homogène alors qu’il s’agit d’Églises au pluriel et ou de religions différentes. La laïcité implique donc la séparation de l’État et des religions.
L’agnosticisme institutionnel de l’Etat est la seule garantie d’une liberté religieuse.
Aujourd’hui on laisse penser que la laïcité exprimerait la neutralité tandis que le laïcisme brandirait le drapeau de l’anticléricalisme.
Plus adroitement, le Cardinal Paul Poupard explique que « la laïcité est au départ la volonté se considérant comme opprimée et voulant exterminer l’idéologie opprimante ».
L’étymologie apporte quelques éclaircissements. Le terme laïc vient du grec laos qui signifie peuple (laos, demos, ethnos). Celui qui n’a pas reçu les ordres de la cléricature appartient au bas peuple et devient le serviteur du clerc, le lai. (les clercs et les lais, le frère lai – frère servant)
Il existe bien une idée d’émancipation et de délivrance du pouvoir temporel exercé par l’Église, souvent avec terreur. (Le chevalier de La Barre sera condamné, à subir la torture ordinaire et extraordinaire pour dénoncer ses complices, à avoir le poing et la langue coupés, à être décapité et brûlé avec l’exemplaire du Dictionnaire philosophique cloué sur le torse. Cette sentence pour blasphème sera exécutée le 1er juillet 1766 à Abbeville par cinq bourreaux spécialement envoyés de Paris (dont le bourreau Sanson qui lui tranchera la tête).
La laïcité craint les velléités de retour de la mainmise religieuse. La menace ne viendrait plus directement du Vatican mais de l’Islam qui n’est pas une foi, mais une Loi, en terme hobbesien, un droit positif révélé.
Mais la laïcité est aussi un cheval de Troie.
Le danger de l’intégrisme islamiste réveille des passions qui s’étaient assoupies. On va remettre en cause les lois Debré, Falloux, et autres aménagements juridiques. Ainsi dans un discours de la Libre Pensée, en date du 4 juillet 2010, il est dit que : La laïcité, c’est que l’école publique ait tout, et que l’école privée n’ait rien.
Il est aussi question de remettre en cause l’héritage historique de certaines singularités territoriales, notamment celui de l’Alsace-Moselle. Ni la loi de 1901 ni celle de 1905 ne s’appliquent aujourd’hui en Alsace-Moselle où existe une coexistence entre les quatre cultes reconnus, Église catholique, Église de la confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (luthérienne), Église réformée d’Alsace et de Lorraine (calviniste), culte israélite, et les autres cultes, dont l’Islam, non reconnus
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Fédéraliste, je peux trouver étrange que la nomination de l’évêque de Metz et de l’archevêque de Strasbourg appartienne au Président de la République. Et je trouve plus étrange encore, pour ne pas dire inacceptable, que des républicains intégristes parisiens se mêlent du régime des cultes qui concerne les populations d’Alsace-Moselle.
Ces populations font preuve d’un attachement particulier à ce droit local aujourd’hui remis en cause par son inconstitutionnalité. Il serait contraire au principe d’égalité et à celui d’indivisibilité de la République.
A la demande de Mélenchon et sous le silence indifférent d’un Bayrou qui n’a pas l’âme d’un martyr, on interdira aussi la Grande Troménie, les pardons et la Fête Dieu.
Il faut donc changer de Constitution et de République.
Laissons les populations concernées se déterminer librement sur les modalités des exercices et des financements.
Derrière la laïcité surgit la menace d’un assimilationnisme radical qui s’oppose frontalement au principe de neutralité qui est le droit à la différence. Le principe de neutralité n’est pas au cœur de la laïcité ; il est, par elle, trahi.
Le principe de neutralité est associé à la liberté quand le principe de laïcité s’inscrit dans une perspective d’émancipation. Mais cette émancipation réductrice, se libérer du joug du religieux ou des oripeaux d’une idéalité, ne dit rien du discours de l’autre maître, la puissance publique ou l’État, qui n’asservit pas moins. A la théologie succéderait une téléologie profane.
La laïcité est bien en porte à faux sur certains points constitutifs de l'anthropologie multiculturaliste. Elle est assimilationniste, spécificité de l'idéologie jacobine.
Car ce qui dérange, en réalité, est bien le sujet politique par sa subjectivation qui s’effectuerait pleinement dans une société multiculturelle : Bretons, Occitans, Basques…
Le pari fou, totalitaire et totalisant, d’une raison républicaine orgueilleuse, univoque, universelle et triomphante, n’est pas tenable.
Dans La Critique et la Conviction, Paul Ricoeur écrivait : « Une société plurielle repose non seulement sur le « consensus par recoupement » qui est nécessaire à la cohésion sociale, mais sur l’acceptation du fait qu’il y a des différends non solubles. IL y a un art de traiter ceux-ci, par la reconnaissance du caractère raisonnable des partis en présence, de la dignité et du respect des points de vue opposés, de la plausabilité des arguments invoqués de part et d’autre. Dans cette perspective, le maximum que j’ai à demander à autrui, ce n’est pas d’adhérer à ce que je crois vrai, mais de donner ses meilleurs arguments ».
En se plaçant sous la primauté d’une anthropologie des droits de l’homme qui définissent le « non négociable » la société multiculturelle offre un espace public où il devient possible de vivre en composant avec la pluralité des opinions.
Le drame est que l’anachronisme islamiste nous apporte un sursaut de jacobinisme mortifère alors que la puissance publique a un devoir de réserve et d’autolimitation à l’endroit de la société civile qui est le lieu où se jouent les intérêts et les opinions privés, en se structurant et en se différenciant.
BreizhFed
